Pas un einième article sur les chakras, combien de pétales, quelle couleur, quelle symbolique…

Pas évident de sortir du déjà dit et déjà vu sur ce sujet.

Il serait donc présomptueux d’annoncer que ce texte le fera, mais en tous cas, il s’inspire d’un livre qui m’a marquée et inspirée autour de ce vaste univers.

Psychologie du yoga de la Kundalini, de Carl Gustav Jung, va dans la profondeur, dans le tourbillon, dans la noirceur et la lumière de l’Etre. D’abord formé, éduqué par Freud à la complexité de l’âme humaine, il s’émancipe de la vision trop rétrécie à son goût qui consiste à tout voir par le prisme de la sexualité et de l’Œdipe. Jung est un curieux, un voyageur, un artiste, il va à la rencontre des fonctionnements de ses semblables. Il considère l’inconscient comme un « melting-pot universel », et s’inspire de nombreuses traditions et mythes pour en décrypter les messages. Il connaît la Kabbale, l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Taoïsme… Il s’inspire de l’astrologie, des arts, de ses rencontres avec les spécialistes des ethnies, de ses aventures chez les Indiens Pueblos du Nouveau Mexique, ou dans les contrées indiennes. Il pressent très tôt que notre monde a beaucoup à apprendre des civilisations orientales. A partir de ce grand matériel comparatif, Jung inventorie les contenus de l’inconscient, et met à jour des images universelles qui reviennent régulièrement, les archétypes. Des sortes de tendances de notre psyché, qui sont finalement communes à toutes, à tous, et à toutes les cultures, même si elles prennent des formes différentes.

Les chakras nous donnent ainsi chacun une tendance de notre for intérieur (et souvent extérieur), une forme d’énergie, qui nous appartient, mais qui est universelle et peut s’appliquer à d’autres. Cela recouvre un principe même du yoga, celui qui dit que tout est union. Nous ne sommes pas des êtres séparés, et appartenons à un grand système, plus large que notre perception. C’est dès lors que nous nous voyons individuellement, coupés de la source et du reste, que commence l’escalade vers le Moi, l’Ego et la souffrance. Mais c’est un juste chemin, qui doit à coup sûr s’accomplir.

Jung travaille à partir de cet inconscient collectif, notre héritage psychique, qui lie l’individu à l’humanité toute entière. Cela nous ramène à une certaine humilité, aux origines, c’est la queue du saurien dit-il. Notre colonne vertébrale en son extrémité basse avec le sacrum et le coccyx ressemblant effectivement à une queue de reptile… souvenir de ce que nous fûmes, de là où nous venons.

Jung utilise aussi le symbole du serpent, qui revient dans le yoga et d’autres philosophies. Il parle de l’ouroboros, le serpent qui mange sa queue et se réinvente lui-même, symbole de l’éternel, du devenir et du cosmos. Et de la Kundalini, puisque c’est le titre de son ouvrage, cette énergie de la source, représentée par un serpent endormi enroulé 3 fois dans notre base, les profondeurs du bassin. Eveillée, cette énergie peut alors voyager et notre serpent se dresser à travers notre colonne, notre corps, notre inconscient, notre matière, notre conscience, pour nous élever vers l’inconnu.

L’exploration des chakras, c’est ce voyage. Celui de l’élévation de la conscience, de niveau en niveau, d’univers en univers de plus en plus subtils, de la Terre vers l’Ether. Le début de la vie impersonnelle, un voyage initiatique.

Le voyage nous emmène dans 7 roues, 7 planètes, 7 spirales, 7 énergies, 7 vies, chacune ayant son portail (le moi), son jardin de devant (la persona), sa cour arrière (l’ombre), sa cave (l’inconscient collectif), ses étages (anima/animus), son grenier (le SOI), les facettes de l’humain chères à Jung.

Activer la Kundalini, c’est éveiller l’inconscient. D’autre appelleraient cela le divin, dieu, l’énergie, bref, quelque chose qui ne se voit pas mais qui se ressent. Ou pas. Cette Kundalini est éveillée dans le monde du Muladhara (chakra 1), semblable à ce serpent 3 fois enroulé sur lui-même, qui va s’élever de chakra en chakra successifs, les purifier, pour que l’étincelle de la conscience individuelle conçoive la lumière « supérieure » et atteigne Ajna (chakra 6), puis expérience ultime, Sahasrara (chakra 7). On en reparlera. Il faut savoir qu’il y a plusieurs voies et relient le haut et le bas, le bas et le haut. Deux lignes serpentines conduisent ainsi du Muladhara à Ajna. La voie de gauche est le féminin, IDA, le courant de l’Eau, de la Lune. La voie de droite est le masculin, PINGALA, le courant du Feu, du Soleil. Au milieu circule un courant « intermédiaire », SUSHUMNA, qui traverse la colonne vertébrale, et unit l’énergie féminine Shakti, et l’énergie masculine Shiva.

Vient ici se lire la dualité, les polarités, les contradictions, les complémentarités. Pleinement vécues et assumées, elles nous mènent à cette voie du milieu, celle d’un équilibre, même précaire. Où le yin et le yang font plus que se compléter, ils s’annulent, laissant la place à un autre espace.

C’est vers celui-ci que nous cheminons quand nous voyageons dans les chakras.

1.

Le Muladhara, c’est notre support-racine, les fondations, les profondeurs. Vient du sanskrit Mula, la racine. C’est le centre le plus bas, celui de la Terre, sur laquelle nous sommes, notre monde matériel. Il est situé dans le cœur du périnée. Col de l’utérus pour les femmes, prostate pour les hommes. Bien sûr, si vous me disséquez, vous ne le verrez pas ! Tout ce qui n’est pas visible à l’œil nu est dans le subtil ! Il concerne aussi les jambes, les pieds, l’ancrage.

C’est par lui que pénètre l’énergie terrestre, nous sommes une antenne qui reçoit la force tellurique, pour la transformer. Pénétrer, recevoir, on voit déjà que le champ lexical est chargé de sens. Dans une zone directement liée à la sexualité, aux origines. Un endroit où l’humanité est victime de ses impulsions, de ses instincts primaires. C’est un espace latent, inconscient. Le Moi est conscient mais le Soi, l’être subtil, est endormi. Tout ce qui concerne les « Dieux » est endormi.

Sa couleur rouge sang reflète les passions et le côté sombre. L’animal symbolique de ce chakra est l’éléphant, sacré en Inde, image de prospérité, de force terrienne, confiante.

Rester dans la Muladhara peut être interprété comme être emprisonné dans nos racines, piégé dans sa vie personnelle, ses devoirs, ses relations familiales. C’est notre point de vue rationnel sur ce monde en tant qu’univers déterminé. C’est le monde de l’illusion. Maya. Malgré cela, il est important d’être rationnel et rattaché à la Terre, car il nous faudra ensuite accomplir le germe de vie que nous sommes, et la pousse doit sortir du sol. Pour mieux s’élever et se détacher, nous faire sortir de l’existence provisoire, de la matrice, d’une vie conditionnée.

La Kundalini, l’énergie, la force de vie, sommeille dans le Muladhara. La façon dont elle peut être éveillée est une suscitation venue d’en haut, pour la faire s’élever, grâce à une intuition, une force qui nous pousse à l’inhabituel. Dès lors que la Kundalini s’éveille, commence le processus de prise de conscience, et la transformation en être spirituel.

2.

Le chemin menant hors de notre existence dans le Muladhara conduit vers l’Eau, nous plongeons dans l’océan, dans la vie sans restrictions. Le 2e centre, le Svadhistana (siège du Soi), est situé dans le petit bassin, dans la région génitale, à la jonction du coccyx et du sacrum. Il est symbolisé par le makara, est un personnage hybride (à la fois crocodile, éléphant, tortue, tapir) ou le Léviathan, le monstre marin que nous devons rencontrer et combattre. Par ce voyage marin nocturne, nous descendons dans l’inconscient, notre part d’ombre, la sexualité et le désir, le pouvoir, tous les démons qui nous habitent. Ce chakra exprime la notion universelle de baptême par l’eau, avec tous ses dangers : se noyer, être dévoré par le monstre…, de cette mort symbolique jaillit une nouvelle vie.

Voici un exemple qui illustre la traversée du Svadhistana, tiré du Songe de Poliphile, écrit par un moine chrétien. Il décrit son voyage dans la Forêt Noire, une forêt sauvage et inconnue. Voilà qu’il perd son chemin ; apparaît alors un loup. Dans un premier temps, il a peur, puis il le suit bientôt vers une source à laquelle il s’abreuve (allusion au baptême). Il arrive ensuite dans les ruines d’une ancienne ville romaine. Après avoir franchi les portes de cette cité, il découvre des statues et des inscriptions symboliques singulières, qui se révèlent intéressantes, et lui donnent des indications sur son chemin personnel. Puis, soudain, la peur s’empare de lui ; tout devient d’une inquiétante étrangeté. Il veut rebrousser chemin et retourne sur ses pas pour franchir les portes. Mais un dragon embusqué lui barre la route. Il ne peut plus reculer, il ne peut qu’avancer. Le dragon n’est autre que la Kundalini. Cette étincelle, cette intuition qui nous guide, à passer par le stade de l’eau pour gagner le centre suivant, plus lumineux. Telle est la Kundalini. Quelque chose d’impossible à reconnaître, mais qui est supérieur à notre volonté. La Kundalini, c’est ce qui nous fait courir les plus grandes aventures.

Ce chakra est profondément féminin, et représenté par un croissant de lune, comme une coupe, un réceptacle des âmes défuntes qui émigrent après leur mort sur la lune, qui les fait renaître à l’intérieur du soleil, dans les chakras supérieurs. Sa couleur rouge vermillon est d’ailleurs moins sombre que celle du Muladhara, elle contient les rayons du soleil levant. On commence à peine à percevoir la lumière…

3.

Une fois surmonté le danger du makara, l’immersion dans l’eau, ou la plongée dans l’inconscient, le soleil surgit, ses premiers rayons apparaissent après le baptême.

Le 3e centre Manipura (sanskrit mani, le joyau, pura la plénitude) est situé au niveau du plexus solaire, au-dessus du nombril. Il est lié à l’élément Feu. Sa couleur jaune représente la puissance divine du soleil, une source d’énergie importante, l’image d’une intensité de vie consciente plus grande. Son animal est le bélier, véhicule du dieu du feu Agni. Il symbolise la vitalité, l’enthousiasme, le pouvoir personnel sans l’égo.

Dans la chaleur du Manipura, nous rencontrons le feu des désirs, des colères, des peurs, nous vivons des états extraordinaires, on prend feu, on explose ! De vieilles émotions enfouies ressurgissent, comme des braises oubliées dans la cendre, liées à notre rencontre avec notre inconscient. Au stade de Manipura, nous sommes encore dans la matrice de la Nature, tout est incroyablement automatique, nous sommes soumis à nos passions et à nos émotions. Certains évènements psychiques se manifestent d’ailleurs dans le ventre, quand nous avons « un poids sur l’estomac », « la peur au ventre »…

C’est dans ce centre, région de l’estomac, que les substances sont digérées et métamorphosées. Une transformation va intervenir. On accède à une couche supérieure, le diaphragme, qui correspond à la surface de la Terre. La découverte d’une chose impersonnelle va nous soulever, comme le vent, la lumière, nous emmener plus haut. Nous ne sommes plus identifiés à nos propres désirs. Au lieu de donner libre cours à nos impulsions, nous nous détachons de nos émotions pour les surmonter. Nous commençons à penser. Ici, dans le passage vers le 4e centre, naît le Purusha, l’être sensible, conscient.

4.

La traversée du Manipura à l’Anahata, chakra du cœur, n’est pas évidente à comprendre. Elle nécessite d’admettre que la psyché est une substance réelle, qui n’est pas nous-mêmes, et qui est dotée d’un mouvement autonome. Dans notre conscience, chaque chose est là où nous l’avons mise. Mais lorsque nous découvrons que nous ne sommes pas maîtres dans notre propre maison, nous ne vivons plus seuls, c’est la fin de la monarchie. Nous réalisons que nos concepts ne sont que le produit de notre imagination, de notre intelllect.

Autant le Manipura est représenté par le Feu, visible, épais, dense, défini, tangible, autant l’Anahata est symbolisé par l’Air, un élément léger, doux, intangible. Nous avons conquis le diaphragme, avons été soulevés de la surface de la Terre. Ici, au sein de l’Air, naît la notion de Purusha, la pensée, l’être humain conscient. L’Anahata est le centre où apparaissent les objets psychiques, le lieu de reconnaissance des valeurs et des idées. On peut se retirer des émotions et devenir cette chose qui n’est pas le Moi. Là débute le processus d’individuation. Un processus de transformation intérieure, vers l’individu que nous sommes au plus profond de nous, différencié de ses émotions, et ayant intégré l’inconscient. C’est une première idée du Soi, cette expérience impersonnelle, que l’on observe. Ce n’est pas moi qui œuvre, c’est l’énergie (Dieu, ou tout autre), qui œuvre à travers moi.

L’Anahata, 4e centre, appartient à la région du cœur. Il faut avoir senti les choses dans son corps, jusqu’à atteindre le cœur, pour les comprendre. Sinon, elles deviennent volatiles, et s’envolent. La gazelle, l’animal symbolique de ce chakra, reflète cette notion de légèreté, comme portée par les airs, proche de l’oiseau, elle n’est plus soumise à la gravité terrestre, et se déplace en effleurant le sol.

Toutefois, le cœur est influencé par les états émotionnels. Dans l’Anahata, nous croyons encore que les émotions sont fondées des faits. Nous croyons encore en un monde matériel, composé de matière et de force psychique. De l’Anahata au Vishuddha, il faut désapprendre cela.

5.

L’inconscient ne nous appartient pas, de même que les émotions et la psyché ont une vie autonome. On ne s’identifie plus. On se tient à l’extérieur, détaché, pour observer objectivement ce qui a lieu. Cette dimension nous permet de distinguer, de comparer, d’adopter un autre point de vue.

Vishuddha, 5e chakra, réside dans la gorge, et plus précisément dans le larynx. Il est symbolisé par l’éléphant blanc sacré, forme de réponse à l’éléphant du Muladhara. C’est le siège de la parole, le centre spirituel. Au sein de Vishuddha, nous transcendons notre présente conception du monde, pour atteindre la région de l’Ether. Nous nous trouvons au-delà de l’atmosphère que nous respirons d’ordinaire. Nous atteignons l’avenir, nous élargissons notre conscience. Dans ce monde, les émotions ou les faits psychiques sont un phénomène en soi, nullement provoqués par un objet externe.

Regardez cet exemple. Une fois votre colère passée, observez. Vous croyez que cet homme, ou cette femme, est votre bête noire. Mais il n’est autre que vous-même réellement. Vous projetez en lui, votre part d’ombre s’étend sur lui, et cela vous met en colère. Oui, on peut être identique à son pire ennemi. En d’autres termes, mon pire ennemi est peut-être à l’intérieur de moi.

Vous avez dissocié les faits extérieurs des faits intérieurs. Mieux, vous commencez à considérer le jeu du monde comme votre propre jeu, et les êtres qui apparaissent à l’extérieur comme les interprètes de votre propre psyché. Quoiqu’il puisse vous arriver, quelle que soit l’aventure que vous menez dans le monde extérieur, il s’agit de votre propre expérience.

6.

Si vous avez atteint ce stade, l’éveil a eu lieu dans le Vishuddha, purifié, nettoyé, ainsi Ajna peut s’ouvrir, laisser place à la grande intuition. Ajna est le 6e et le plus haut des centres corporels. Ce terme sanskrit signifie « connaissance, compréhension, contrôle ». Il se situe entre les sourcils. Ici, le commandement du guide, du Guru, est transmis d’en haut. Ce chakra n’est pas représenté par un animal, mais par une graine ailée. Dans Ajna, la psyché est pourvue d’ailes. Le psychique n’est plus contenu en nous, mais nous devenons son contenu.

Atteindre Ajna, c’est atteindre l’état de la conscience universelle, et pas seulement individuelle. Une conscience extrêmement étendue, capable d’intégrer toute chose. « Tu es cela, chaque arbre, chaque pierre, chaque souffle d’air, et il n’est rien qui ne soit toi ».

La Kundalini a été éveillée et Shakti, l’énergie féminine, a rejoint Shiva, l’énergie masculine. Les deux se retrouvent unies en haut, dans le chakra Ajna.

7.

Le Sahasrara, chakra couronne, situé au sommet de la tête, se tient au-delà de toute interprétation. Il ne s’éprouve ni par l’expérience d’un Dieu, d’un Soi. On en voit pas la substance. C’est une expérience personnelle. Le samadhi, la béatitude, le nirvana, l’illumination, Bouddha…

Epilogue

Le Yoga et le système des chakras symbolise le développement de la vie impersonnelle, l’avènement de la conscience, son élévation de niveau en niveau, pour atteindre de nouveaux univers de conscience. Une transformation s’opère, par paliers successifs, de la matière brute vers la matière subtile, psychique, spirituelle. C’est une transformation des éléments, de la Terre à l’Ether, accompagnée d’une progression de la volatilité. C’est comme un rite initiatique, on doit combattre le makara pour parvenir à la cité des joyaux, et continuer le voyage… c’est un accomplissement continu.

Publié par :labaladedelodieb

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